Un voyage sur les hauteurs d’Imperia.

Publié par : Jean Christophe Vigne, le 15/11/2021
Catégorie : Histoires culinaires |


Pour ce qui ne la connaissent pas (et ils sont nombreux, tant les voyageurs sont habitués soit à s’arrêter dès San Remo, soit passer leur chemin, tirant à folle allure sur les ponts autoroutiers de Ligurie, afin de se rapprocher de zones plus touristiques, Portofino et les Cinque Terre, Imperia la douce endormie cachée entre mer et montagne, se mérite et se suffit à elle même.


Voyageurs pressés, passez votre chemin, il vous faudra un peu de temps pour apprécier la ville à deux têtes. 


Née sous l’ère mussolinienne de la réunion de deux villes portuaires complètement antagonistes l’une de l’autre, Porto Maurizio et Oneglia.


Désolé pour « la gente d’Oneglia » si j’ai placé Porto Maurizio en premier mais je la porte particulièrement dans mon cœur.


D’autant plus que l’objet de cet écrit n’est pas de vous raconter l’histoire et la dualité de ces deux anciens villages réunis maintenant, mais plutôt de vous faire part de ma dernière  escapade dans ce qu’ici on appelle “l’entroterra ”, c’est-à-dire tourner le dos à la mer et viser les premiers contreforts des montagnes ligures. 


Prenons la direction donc de Piero di Tecco, par une route nationale sans grand charme si ce n’est le fait de comprendre très rapidement que nous allons être avalés par les montagnes, laissons cette route pour emprunter une petite départementale sinueuse qui s’élève très rapidement en direction de Borgomaro, notre point de chute du jour ou plutôt de la soirée. 

Ce village de montagne est traversé par la rivière Impero qui donna son nom à la ville préfecture Imperia. 


Elle est un modèle de village ligure, à la fois secret, caché, ne se livrant pas, comme ses habitants au premier regard, mais qui au coin d’un viccolo ou d’un sourire apporte toute la bellezza de ces zones recluses ayant su garder leur identité. 


Approchons-nous de notre pèlerinage du soir, manger enfin chez Marco Donato et sa “Censin Da Bea”, lieu improbable, d’un autre temps, donc d’une autre gastronomie, à la fois simple, chaleureuse, abondante, une promesse que je m’empressais d’aller vérifier. 


Peut-être d’ailleurs trop pressé puisque nous arrivions en famille une heure avant l’ouverture et l’heure à laquelle nous avions réservé. Mais où est l’entrée? Cette porte en bois gardée par des chats tigrés ? J’ose, je toque, je patiente, entendant des voix d’enfants venant de l’intérieur.


Derrière la porte maintenue entrouverte, un regard de femme inquisiteur, surpris… je m’explique, arguant que nous étions en balade et qu’attendre les deux heures nous séparant de notre réservation serait peut être un peu long. La porte s’ouvre en grand, me laissant découvrir un intérieur de chaumière d’un autre temps où se mélangeaient enfants, personnel, cuisiniers, chats et chiens. Je m’excuse, persuadé d’avoir dérangé ce monde qui s’affairait à leur préparations du service du soir, persuadé de m’être trompé sur la porte d’entrée du restaurant. 


Sans me regarder, la madrone demande au patron d’une voix puissante, s’il concevait de nous recevoir plus tôt, et se retournant vers nous armée d’un large sourire nous invite à entrer ce que je pensais être au début chez elle, désorienté que j’étais. 

Après quelques zig zag, passant de salle en salle, au-dessus d’un pont sous lequel coulait un cours d’eau à l’intérieur de ce moulin réaménagé, cheminées, poêle à bois… Nous étions conviés à nous installer à notre table.


Que le spectacle commence….

Nous entrons dans une dimension où tout est multiplié par deux. Les boissons nous sont servies dans des contenants gargantuesques, nos regards se croisent, surpris pensant à une erreur, nous n’avons pas le temps d’arriver à la réponse que les premiers plats arrivent. Bagna cauda, charcuterie locale, langue de bœuf marinée à l’huile d’olive taggiasche, antipasti d’endives farcies de crème de fromage, farinata , torta verde, frittata, fagioli e salsiccia, tout cela sera suivi de primi, ravioli beurre et sauge, Pappardelle alla boscaiola, rôti de bœuf au vin rouge, escargots alla ligure, ragoût de sanglier. 


Vous vous imaginez que tout cela ne nous laissait pas place aux desserts que nous ne refusions pas mais par sagesse, nous n’acceptions finalement (ou nos estomacs nous demandaient) que les sorbets citrons accompagnés de petits gâteaux secs"brutti ma buoni” qui comme leur nom l’indique, si bon si moches.


Un service familial, des sourires et des rires permanents, des explications de chaque plat et produit, un soin particulier à chaque convive, bref comme à la maison, comme en Italie, celle de mes souvenirs d’enfance dans les campagnes parmesanes familiales. 


L’abondance est porteuse de sensations, elle rend les hommes heureux de partages et d’expériences culinaires improbables. 


Découvrez chaque recette de ce repas d’un autre temps. 




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Voyage, Imperia,
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